Reportage : Les Chartrons de Planus ( Denis Lherm Sud-Ouest )Découverte .

Les footballeurs professionnels vivent souvent en lointaine banlieue, où ils ne veulent pas être dérangés . Marc Planus, l'arrière central des Girondins de Bordeaux,fait exception ....
Les footballeurs professionnels sont tellement jaloux de leur image, et soucieux de protéger leur intimité, qu'on en oublierait presque qu'ils vivent quelque part .
Avec Marc Planus, c'est tout le contraire . Le défenseur des Girondins de Bordeauxvit aux Chartrons, et il le revendique . Une curiosité, les footballeurs préférant généralement le calme des pavillons jardinés, dans les banlieues aisées, autour du Haillan .

Lui pas du tout. Marc Planus vit rue Minvielle et arpente sans fin les voies de son quartier . Simple, sans se cacher et sans chercher à se montrer non plus .
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Hé, Planus viens jouer avec nous ! " lui ont un jour lancé des gamins qui jouaient au balon devant l'église . Il y est allé, il a marqué un pénalty entre deux pilastres ...
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J'ai grandi au Taillan, pendant vingt ans je ne venais que très rarement à Bordeaux-Centre. J'étais trop pris par le foot . Aller au ciné comme mes copains, c'était inconcevable . J'en ai beaucoup souffert . Je suis un adepte du centre-ville, j'aime faire tout à pied, les trucs tout bêtes, comme aller chercher mon journal et mon pain .
Je suis amoureux de cette ville.Je voulais m'installer à Caudéran, mais un hiver je me suis baladé rue Borie, je voyais les gens rentrer chez eux avec leurs courses, et les commerces à proximité ....j'avais trouvé mon lieu . Je me suis installé dans un immeuble inoccupé depuis trente ans, que l'architecte Henri Blanchot, m'a refait .
C'est lui, qui m'a fait découvrir l'architecture . Depuis c'est une passion. Je passe des heureschez Mollat dans le rayon archi-déco . Mes collègues qui me voient avec des bouquins là-dessus, me prennent pour un fou ! "On a une vie .Fou des Chartrons, de Bordeaux, de la décoration, des immeubles, à commencer par le sien, refait selon son goût moderne, sobre, avec des meubles anguleux et trois tons partout : noir, blanc, rouge . Fou de foot aussi, mais ravi quand on lui propose de parler d'autre chose.
A la terrasse du Bistrot des Anges, Marc prend le soleil . On peut aussi l'y voir le soir : "
on a une vie , vous savez ! " .

L'itinéraire de ses Chartrons à lui passe ensuite par la boutique de mobilier contemporain RKR installée dans l'ancienne pâtisserie Demund . Frank Lasserre le reçoit comme un habitué . Il l'est, ne manque jamais un vernissage . On repart, direction la rue de Borie, où Marc se plate devant un immeuble curieux, avec des colonnes en façade . "
je viens le voir tous les jours ! " .
Lui qui forme le mur de la défense bordelaise devrait songer à une reconversion dans l'immobilier . "
Peut-être" lâche-t-il en souriant . Petit détour par le CAPC, l'un de ses lieux favoris . "
J'y amène mon frère de 12ans pour la beauté du lieu . Ca fait partie de mes promenades. Je marche aussi sans but...enfin..je jette souvent un oeil dans les maisons, quand c'est ouvert ..."Grand détour par le jardin public, où il se met à parler de Djorkaeff et de son appartement à New York; un rêve .

On revient par le cours Portal, comme à la maison . "
C'est un charmant voisin, je l'entretiens ! " se marre le boucher Ibarboure .

Marc Planus se remet en route, s'arrête, hume l'air : "
Ce qui me frappe dans le quartier, ce sont les odeurs . Au Taillan, ça ne sent rien . Ici, on sent la vie . " " J'ai failli être un "cave" "Il n'a que 24ans, mais fait preuve d'une étonnante maturité ; d'une grande simplicité aussi .
Il dit que le football, l'a plongé très tôt dans les responsabilités . Il concède également qu'il en a bavé pour devenir professionnel et faire son trou aux Girondins .
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En 2002, six mois avant de signer pro, c'était râpé, je n'avais pas le niveau . Ecarté de la CFA, je jouais en DH .
J'allais finir " [i]cave", c'est comme ça qu'on appelle ceux qui ne percent pas, après avoir misé sur le foot depuis le plus jeune âge .
Je me suis battu comme un fou et ça a marché . J'ai sauté dans le bon wagon, alors que les Girondins recrutaient peu à l'extérieur et faisaient monter les jeunes .
Mon frère aîné* n'a pas eu cette chance, alors qu'il est sans doute meilleur que moi . Il n'a pas pu atteindre son rêve, je le réalise un peu pour lui .
Je pense aussi à mes parents, qui n'ont jamais cherché à fabriquer du champion, mais ont toujours été derrière nous, tout en nous maintenant les pieds sur terre . "[/i]
* Pierre Planus a lui aussi appartenu au centre de formation des Girondins..il joue aujourd'hui à Angers en National ...
Photos : Fabien Cottereau
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